ALICE

Rencontre avec Alice

Découvrons l’histoire « cancer et travail  » d’Alice , 31 ans qui habite à Montpellier et qui exerce, en free-lance, le métier de graphiste.

Quelle est ta formation ?

J’ai une formation de graphiste. Un bac stiaa, un BTS communication visuelle, et un DSAA de com visuelle. J’ai fait mes études supérieures à Paris.

Quel métier exerces- tu ou aimerais-tu exercer ?

Je suis graphiste free-lance depuis 2011 et je fais aussi de la BD depuis 2015.

Pourquoi as-tu choisi ce domaine ?

La BD c’était un rêve lointain. Un truc un peu fou. Le graphisme était la version « réalisable » de cette envie de dessiner. J’ai longtemps été (je suis toujours) complexée par mon niveau de dessin alors j’ai mis du temps avant de m’avouer que ce que je voulais vraiment, c’était faire de la BD. Quand j’ai décidé de m’y mettre vraiment, ou en tout cas d’au moins essayer d’en publier ne serait-ce qu’une, j’ai cherché une histoire à raconter. J’avais un eu cancer quelques années plus tôt, je me suis dit que ça ferait une bonne histoire.

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ? 

J’étais étudiante, j’avais 19 ans. C’était l’été entre ma première et ma deuxième et dernière année de BTS. On m’a tout de suite dit que j’allais guérir, et que j’en avais pour environ 8 mois de chimio si tout allait bien. (lymphome hodgkinien donc pas d’opération.)

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ?

J’ai envoyé un mail à mes deux profs « principaux » avec qui j’avais des bons rapports. Je leur ai demandé s’il était possible que je redouble ma première année plutôt que d’entamer ma deuxième année tout de suite. C’était impossible puisque j’étais déjà admise en deuxième année. On s’est mis d’accord sur le fait qu’on faisait cette deuxième année pour du beurre, sans pression, et que je redoublerais pour pouvoir passer mon BTS l’année suivante, quand tout serait terminé. Ils ont mis l’administration au courant pour que je n’ai pas besoin de justifier mes absences une par une.

Comment les gens ont-ils réagi ?

Les profs en question ont été géniaux. Les autres aussi. Présents et souples, mais normaux. Pareil pour les gens de ma classe. J’étais dans une école d’art, beaucoup ont cru que mon crâne rasé était un choix esthétique. C’était l’année du diplôme, chacun était sur son propre truc, moi compris, quand j’étais en cours. J’allais en cours quand mon taux de globules blancs était assez haut et que je m’en sentais capable. Mes parents étaient à 1h en voiture de paris, et j’avais un appart à paris depuis la première année. La plupart du temps j’étais chez mes parents, mais dès que j’étais assez en forme j’allais passer la semaine dans mon appart à Paris et j’allais en cours. C’était mon morceau de vie normale et c’était hyper confortable pour moi d’avoir ça.

As-tu continué à travailler ou à te former ou t’es-tu arrêté pendant les traitements ?

J’allais en cours quand mon taux de globules blancs était assez haut et que je m’en sentais capable. Mes parents étaient à 1h en voiture de paris, et j’avais un appart à paris depuis la première année. La plupart du temps j’étais chez mes parents, mais dès que j’étais assez en forme j’allais passer la semaine dans mon appart à Paris et j’allais en cours. C’était mon morceau de vie normale et c’était hyper confortable pour moi d’avoir ça. J’ai fait une deuxième année un peu maigre mais finalement comme les traitements se sont arrêtés en mars et que le diplôme était en juin, j’ai passé avril à dormir et mai et juin à bosser, trop contente de pouvoir le faire. Je suis allée passer le diplôme en me disant que je ne l’aurais sûrement pas et que ce serait une répète pour le redoublement de l’année suivante. Coup de bol, je l’ai eu du premier coup. (en même temps je suis allée passer l’oral avec ma tronche de cancéreuse, il est probable que ça ait attendri le jury…)

As-tu rencontré des difficultés particulières ?

Oui après ! Justement comme j’ai eu le diplôme alors que c’était pas prévu et que je n’avais pas tellement préparé la suite, j’ai pris le premier truc qui est venu et, alors qu’avant le cancer j’étais très bonne élève, très scolaire, très compèt’, j’ai soudain eu beaucoup de mal à voir la nécessité de m’embêter à bosser alors que j’avais sûrement mieux à faire de toute cette vie dont je pouvais maintenant profiter.

Pendant le traitement, ce qui m’a aidé (outre ma famille et mes potes, évidemment) c’est que mes médecins, même s’ils n’approuvaient pas toujours complètement mon comportement (je m’exposais à beaucoup de microbes potentiels en cours et dans le métro avec des globules blancs pas très en forme) m’ont laissé faire. Et m’ont toujours considérée comme une adulte, même si je ne l’étais pas encore complètement.

Et tout ce qui était administratif était geré par mes parents. J’ai récemment réalisé ce que ça représentait comme boulot. C’est colossal.

Qu’est-ce qui et/ou qui t’a aidé ?  

Mes parents et mes frères hyper patients, le temps, l’âge. Les infirmières qui répondaient à toutes mes questions.

Qu’est-ce qui et/ou qui aurait pu t’aider ?

J’ai eu toute l’aide dont j’ai eu besoin.

Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?

J’ai changé de priorités et j’ai mis du temps à le comprendre. Aujourd’hui je fais le métier dont je rêvais dans des conditions idéales pour moi. Ça m’a libérée de la pression de « la réussite ». Avant le cancer, mon projet c’était de réussir dans la vie. Depuis c’est juste d’aller bien. C’est beaucoup plus concret et beaucoup plus facile 🙂 Je ne fais plus de concessions avec mon « confort de vie ». Ça conditionne donc beaucoup mon boulot : j’ai essayé de bosser en agence, mais ça ne me convenait pas complètement, du coup je me suis mise à mon compte. J’ai eu la chance d’avoir rapidement un client régulier et qui suffit à me faire vivre tranquillement en dégageant du temps pour dessiner et faire de la BD. J’ai souvent le sentiment que sans le cancer j’aurais jamais osé avouer que j’avais envie de dessiner. Encore une fois, j’ai eu du bol 🙂

As-tu changé de métier / parcours ? Ou développé un nouveau projet ?

Entre la rémission et la sortie de mon premier album de BD (L’année du crabe, chez Vraoum) il s’est passé 10 ans. Pendant ces dix ans je me suis beaucoup cherchée, j’ai mis du temps à avouer que je voulais faire de la BD. Maintenant que j’en ai fait une, j’espère qu’on me laissera en faire d’autres ! Le tome 2 de « L’année du crabe » est en cours, il raconte justement ces dix ans après le cancer pendant lesquels j’ai cherché qui j’étais, ce que je voulais faire de ma vie. Pour les bd suivantes j’ai envie d’autres sujets. Après ce tome 2, le cancer, c’est fini !

A ton avis, quelles qualités et compétences as-tu gagné en étant confronté à cette maladie ?

Je suis détendue. Et mon objectif principal est d’aller bien.

Comment as-tu connu Allo Alex, as-tu déjà testé les services?

Anne Sophie présente la conf « Dessine moi un cancer » dans laquelle j’interviens avec deux autres auteurs de BD sur le cancer à Supélèc du 16 Mai. C’est Lili Sohn, qui intervient dans cette même conférence, qui nous a présentées.