Le droit à l'oubli-3

Rencontre avec Anne

Faites connaissance avec Anne, 34 ans , mariée depuis 4 ans et qui vit à Berlin.

A l’âge de 32 ans, Anne apprend qu’elle a un cancer. Elle raconte ici comment elle a concilié maladie, traitements et travail.

Quelle est ta formation ?

Sciences Po à Toulouse et Strasbourg

Quel métier exerces- tu ou aimerais-tu exercer ?

Je suis chargée de projet. J’accompagne principalement les entreprises berlinoises du domaine des industries créatives souhaitant s’internationaliser, ou accéder aux subventions européennes.

Pourquoi as-tu choisi ce domaine ?

J’ai commencé à travailler dès la fin de mes études dans le secteur des industries créatives – essentiellement en maison de disques, étant passionnée de musique. Il me semblait intéressant de  faire le lien entre ces premières expériences professionnelles et le cœur de mes études : relations internationales et financement de projets européens.

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ?

Quand j’ai appris que j’étais malade, cela faisait tout juste un an que j’étais à ce poste, je commençais à récolter des résultats vraiment intéressants et de long termes, c’était très frustrant – j’ai eu l’impression d’être interrompue en pleine lancée. J’avais 32 ans à l’époque – un âge où l’on veut foncer.

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ? 

Oui – j’ai choisi que cela ne devait pas être un tabou. J’ai eu mon diagnostique un vendredi, je m’en souviens très bien, la médecin ne voulait rien me dire par téléphone et insistait pour que je vienne la voir, de préférence accompagnée… sans réaliser complètement j’ai tout de suite compris. Ma chef et mes collègues proches m’ont dit de les tenir au courant par SMS, ce que j’ai fais. Puis le lundi suivant je suis allée voir mon N+2 – « je suis malade, mais je veux continuer à travailler ». Je pense que j’ai du paraitre complètement paniquée, mais je n’avais pas envie de lâcher ; j’ai pensé « d’accord je suis malade, mais c’est à moi de décider quand j’arrête de travailler, et non la maladie ! » 😉 Cela bouleversait complètement ma vie et celle de mon mari, celle de mon entourage – je n’avais pas envie que cela change du jour au lendemain ma situation professionnelle. C’était un peu comme m’accrocher à la routine, à mon quotidien.

Comment les gens ont-ils réagi ?

Ma chef et mes collègues m’ont vraiment bien suivie, ils ont été attentionnés et curieux, ils sont souvent venus aux nouvelles. A l’hôpital je jouais toujours à « QuizzDuell » avec l’une de mes proches collègues – une app où l’on peut défier son entourage sur des questions de culture générale, cela m’aidait à passer le temps. Et on m’a tout de suite installé un Home Office – j’ai pu travailler de chez moi (je ne pouvais plus aller au travail à cause de mon système immunitaire alors complètement devenu inexistant) encore pendant 3 mois après l’annonce du diagnostique, jusqu’à ce que le rythme des chimios augmente et là j’ai décidé alors d’arrêter.

Qu’est-ce qui et/ou qui t’a aidé ? 

J’ai vraiment eu la chance d’être très bien entourée. Mon mari a été sensationnel (il l’est toujours !), mes parents, même si loin, ont toujours été présents, mes frères et belle-soeur également, ma belle-famille, mes amis, mes collègues. Tout cela est si précieux ! Et puis j’ai eu de « la chance dans la malchance » comme disent les allemands : j’avais un groupe de chimio complètement hétéroclite mais très rigolo où j’ai surtout fais la connaissance de deux jeunes femmes de mon âge – on est tout de suite devenues « copines de chimio ». Nous le sommes restées et on travaille ensemble sur notre projet www.berlinelles.com

Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?

La maladie a été comme un énorme frein – j’étais alors pleine d’élan, il a fallu que je me consacre d’abord aux traitements et à la guérison. On dit souvent que cela aide à relativiser. En effet dans certaines situations. Mais je trouve également que la reprise de l’activité professionnelle est très dure : on veut reprendre comme avant et on se rend compte que l’on est limité physiquement : personnellement j’ai perdu, à cause de la chimio, beaucoup de mes capacités, notamment les langues et la concentration. Heureusement, cela revient peu à peu.

As-tu changé de métier / parcours ? Ou développé un nouveau projet ?

Je n’ai pas changé de poste, même si j’ai quelques nouvelles missions. Mais effectivement malgré tout, la maladie m’a donné de nouvelles idées, de nouvelles impulsions, envies. C’est notamment pour cela que l’on a créé avec mes copines de chimio www.berlinelles.com . On a envie de mettre à disposition le savoir accumulé pendant la maladie, des conseils pratiques sur un site sympa, et diffuser nos ondes positives.

A ton avis, quelles qualités et compétences as-tu gagné en étant confronté à cette maladie ?

Malgré le fait que l’on attende TOUT LE TEMPS lorsqu’on est malade – puisque bien sûr, on est alors le/la « patient.e », je suis toujours aussi impatiente qu’avant 😉 Même plus : je n’ai pas envie de perdre de temps sur des détails sans importance, je ne comprends pas les disputes inutiles, les cancanages, les problèmes qui n’en sont pas. Aussi, j’ai vraiment appris à ne pas remettre les choses au lendemain, et j’ai envie d’essayer de nouvelles activités et de continuer à apprendre. Je me concentre sur les choses que je peux changer, sur lesquelles je peux avoir de l’influence, j’essaie de faire abstraction de celles qui ne sont pas entre mes mains, celles qu’il faut accepter.

Comment as-tu connu Allo Alex ?

En me renseignant via internet sur les initiatives faisant le lien entre cancer et travail.

As-tu quelquechose à rajouter ou des infos essentielles que tu aimerais partager ?

Peut-être connaissez-vous déjà cette citation – mes parents l’ont évoquée lors d’un skype pendant ma maladie et cela a été notre leitmotiv avec mon mari : « La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre comment danser sous la pluie. » (Sénèque) En ce moment on a envie d’apprendre le Two Step 😉