sylvie

Rencontre avec Sylvie

Sylvie, 54 ans, habite à Clichy et exerce le métier d’assistante sociale. Dans sa vie professionnelle, elle a pour habitude d’apporter son soutien et d’aider des personnes en difficultés. Dans cette interview, elle témoigne de sa vie personnelle et plus précisément de son accompagnement et investissement auprès de son amie Faby, qui a vécu 2 fois l’expérience du cancer.

Quel est ton métier?

Assistante sociale

Depuis quand l’exerces-tu ?

20 ans

Pourquoi l’as-tu choisi ?

J’apprécie de pouvoir accompagner les personnes en difficultés… Pour moi accompagner c’est rendre autonome, libre, au bout de l’accompagnement.

Quel est ton lien avec la maladie ?

Famille et collègues mais pour cet interview je parle de la famille

Comment as-tu accompagné le malade ?

J’ai dans les premiers temps soutenu moralement. J’étais présente (et suis toujours là) à chaque rendez-vous médical, à chaque chimio. Puis j’ai aidé à l’organisation des tâches ménagères (bien que ce ne soit pas mon « talent » 😉 et que je n’en ai pas vraiment le temps travaillant toute la journée à Paris. J’ai aidé pour les démarches administratives que je connais bien. J’ai essayé de financer une femme de ménage pour m’aider dans les tâches quotidiennes mais mes moyens ne m’ont permis de le faire que très peu de temps.

Quelles actions concrètes ont été mises en place par ton entreprise pour pouvoir accomplir ce rôle?

L’entreprise dans laquelle je travaille est très aidante pour les personnes en situation de maladie ou de handicap et permet aussi aux proches de pouvoir dégager du temps pour accompagner, dans le cadre d’un protocole d’accord.

As-tu rencontré des difficultés particulières ?

L’accompagnement d’une personne qui traverse l’épreuve du cancer (et peut être est-ce le cas pour d’autres maladies) est particulièrement difficile car elle implique de se retrouver impuissant face à la peur, à la souffrance, à la fatigue du malade. La peur de la récidive, chaque période d’examens est quelque chose de terrible pour les malades et les accompagnants sont démunis devant cette peur.

Quoi / qui t’a aidé ?

Ma formation professionnelle m’a aidée. Mon travail aussi car il est important à mon sens pour les aidants de pouvoir partager à l’extérieur mais aussi de continuer à être « eux » en dehors de la maladie. De continuer à voir leurs amis, à faire leur sport, leurs passe-temps. J’avoue avoir failli me laisser aller dans un assistanat permanent, ce qui est le risque je pense tellement on se sent impuissant, mais j’ai réagi assez vite.

Quoi / qui t’aurait aidé ?

Peut être avoir des personnes de confiance à qui passer le relais, de temps en temps, de la famille, des parents du malade, ce qui n’a pas été le cas en ce qui me concerne.

Quelle info essentielle aimerais-tu partager ?

Une personne qui a traversé l’épreuve du cancer ne sera plus jamais celle d’avant ; il faut parler du cancer, du cancer au travail, du cancer dans le couple, dans la famille. Pour les dispositifs légaux, il serait vraiment opportun que des informations claires soient données sur la Reconnaissance de Travailleur Handicapé, les Maisons Départementales pour les Personnes Handicapés, l’invalidité. Mais données par qui ? là est la question. Moi je les donne aux salariés de mon entreprise dans le cadre de mon job, mais la plupart des personnes malades n’ont aucune idée des dispositifs qui existent pour les aider. Il y a quelques semaines, une salariée de mon entreprise m’a raconté que son médecin traitant a refusé de lui remplir le dossier médical pour la Reconnaissance Travailleur Handicapé (RQTH) arguant que le cancer est une maladie et pas un handicap et que son dossier serait donc refusé à la MDPH… !!

Quel a été l’impact sur ta propre vie professionnelle?

L’accompagnement d’un proche n’a rien changé dans ma vie professionnelle. L’entreprise m’a permis de pouvoir continuer, le plus sereinement possible mon activité professionnelle tout en accompagnant Faby au plus près de ses besoins et de ses demandes.

A ton avis, quelles qualités / compétences as-tu gagné ou développé en étant indirectement confrontée à la maladie ?

Je ne sais pas si j’ai gagné en qualités ou compétences… Ce qui est sûr par contre c’est que j’ai pris conscience que le cancer n’arrive pas qu’aux autres, que vouloir aider ne suffit pas, que le malade est seul souvent avec sa maladie (seul pour passer les scanners, les irm, tous ces examens où l’accompagnant ne peut être que là dans la salle d’attente, seul devant sa peur de la récidive, ses doutes). Donc j’ai pris conscience avec effroi d’une certaine impuissance.

As-tu quelque chose à rajouter ?

Vous remercier de cet entretien. Vous remercier d’être là pour les personnes malades. D’être là pour les malades qui veulent reprendre une vie active dans les meilleures conditions, car c’est souvent leur objectif même si elles savent que ce sera difficile, que des traitements dits lourds passés restent les traitements journaliers qui fatiguent, rendent douloureuses les articulations et les tendons, font perdre la mémoire… Mais comme le dit Faby dans une de ses chansons…. « Et après y’a la vie… »