Faby

Rencontre avec Faby

Faby Perier, 48 ans, est une artiste engagée qui a aussi traversé l’épreuve du cancer. Elle nous raconte ici son histoire de vie face à la maladie et témoigne de l’impact sur sa vie professionnelle.

Quelle est ta formation ?

Bac science médico-social

Quel est ton métier?

Artiste, auteur-interprète.

Depuis quand l’exerces-tu ?

Plus d’une vingtaine d’années

Pourquoi l’as-tu choisi ?

Je n’ai pas le sentiment de l’avoir choisi, c’est ce qui fait que je me lève tous les jours avec envie. Si je dois parler de choix, je dirai que j’ai choisi de vivre une vie d’artiste en sachant très bien que ma nourriture serait plus la richesse de mes rencontres artistiques ou humaines que ce qui remplirait mon frigidaire au quotidien.

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ?

J’étais en free lance et tentait d’avoir un statut d’intermittent du spectacle. Malheureusement, le statut d’intermittent est de plus en plus difficile à atteindre.

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ?

J’étais chanteuse dans un restaurant où je chantais tous les weekends. J’en ai donc informé le restaurateur, très rapidement. La voix est quelque chose qui vient de l’intérieur, c’est très difficile de donner de la voix quand son intériorité n’a qu’une envie c’est de se taire, tellement l’annonce de la maladie nous a anéantie. C’est difficile de faire semblant d’aller bien, la voix est très impactée par le moral. Et puis, très vite, s’est posée la question de l’image, quand on fait un métier public, comment faire avec cette image. Les gens qui viennent dans des espaces où les artistes se produisent ont besoin de s’évader et une personne portant les stigmates des traitements n’est pas franchement un appel à l’évasion, en tout cas dans notre société.

Comment les gens ont-ils réagi ?

Le restaurateur de l’espace où je me produisais n’a pas été très diplomate. Il m’a dit, « oui, je connais plein de femmes qui ont eu un cancer du sein, ce n’est pas grave, on leur enlève un sein ou deux, elles perdent leur cheveux, mais leur vie n’est pas en danger » Il n’a pas pris la mesure de ma fatigue ni de la difficulté à gérer l’annonce de la maladie. J’ai regretté de ne pas avoir fait en sorte d’obtenir mon statut d’intermittent avant. Je n’ai pas vraiment eu de soutien au sein de mon travail.

As-tu continué à travailler ou à te former ou t’es-tu arrêtée pendant les traitements ?

J’ai continué à travailler jusqu’à après mon opération, puis avec les traitements, j’ai dû m’arrêter. La fatigue des traitements influe très vite sur le souffle et donc sur la voix. Lors de mon deuxième cancer, j’ai décidé de profiter de la période des traitements pour apprendre la pratique du piano afin de pouvoir reprendre mon activité artistique avec une corde de plus à mon arc.

As-tu rencontré des difficultés particulières ?

Je me suis retrouvée en situation de très grande précarité puisque n’ayant pas mon statut d’intermittent, je me suis retrouvée au RSA avec mes 2 filles à charge. Les difficultés pécuniaires rendent toutes les choses de la vie difficile. J’étais très peu entourée à l’exception de mon amie et de mes enfants. J’ai essayé de les protéger de mes difficultés mais malheureusement, l’insécurité de notre situation a été très perturbante pour elles et des années plus tard, une de mes filles a exprimé tout cela en faisant une dépression. Je raconte cela parce que nous n’avons pas toujours conscience que les conséquences peuvent exister bien des années plus tard sur nous ou notre entourage.

Qu’est-ce qui t’a aidé ?

Ce qui m’a aidé c’est mon amie qui a été à mes côtés. J’ai été très seule lors de mon premier cancer. Ma famille a été inexistante mais ce n’est pas dû au cancer, c’est un état de fait depuis toujours. Les amis ont été presque absents, ils appelaient parfois mais n’osaient pas je pense venir me voir. Cette solitude et isolement ont été difficiles à vivre. Lors de mon deuxième cancer, la situation a été différente, j’ai pu compter sur le soutien infaillible de ma nouvelle amie et de mes enfants. La famille a été une nouvelle fois inexistante mais je l’avais déjà vécu, j’y étais donc préparée. J’avais également fait le choix de me faire accompagner par une psychiatre. Je me suis servie aussi de mon métier en communicant avec mes fans qui ont été formidables et d’un grand soutien. A chaque chimio, j’avais des centaines de messages, c’était porteur d’espoir et d’énergie positive. Ce qui m’aide au quotidien depuis toujours c’est cette certitude que mes rêves d’enfants se réaliseront. Certains diront que c’est de la naïveté, moi je pense que c’est ma force absolue.

Qu’est-ce qui t’aurait aidé ?

Ce qui m’aurait aidé, c’est avant tout une aide financière. Au quotidien, la prise en charge d’une aide ménagère m’aurait été d’un grand secours les jours qui suivaient la chimio. Une aide pour mon ménage, pour faire les courses, même préparer à manger devenait compliqué. Heureusement que je n’étais pas seule mais j’ai beaucoup pensé à celles et ceux qui traversent cette épreuve seule. Il reste beaucoup de choses à faire pour aider les malades dans leur quotidien.

Qui t’a aidé ?

Mon amie et mes enfants ont été un soutien infaillible.

Quelle info essentielle aimerais-tu partager ?

Heureusement pour moi mon amie est très au fait des dispositifs légaux (invalidité, rqth…) mais je n’ai jamais été informée par d’autres biais de ces dispositifs.

Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?

Le cancer, les cancers m’ont changée profondément en bien mais ont aussi impacté ma possibilité de travailler en indépendante. Aujourd’hui, j’ose dire ou faire des choses que jamais je n’aurais tentées auparavant. Je dis toujours que le cancer lève les filtres relationnels. Depuis le premier cancer, j’ai choisi de faire ce que j’aime le plus souvent possible, j’ai donc choisi d’écrire et de chanter mes chansons. Evidemment, ce choix est difficile parce que je vis très très mal de mon métier mais quand j’ai la chance de faire mon métier, je suis heureuse de le faire. J’ai choisi d’être heureuse, je ne suis toujours riche de rien mais j’ai conscience que faire ce que j’aime est une chance. Il ne me reste plus qu’à pouvoir vivre de cette chance… Je ne peux malheureusement plus chanter 3 jours par semaine à hauteur de 4 ou 5 heures à chaque fois, je suis fatiguée par l’hormonothérapie. Je ne suis plus non plus indépendante pour chanter seule puisque je n’ai plus le droit ni la force de porter le matériel professionnel souvent lourd qu’implique une activité en indépendante. Le cancer a évidemment impacté ma vie professionnelle, je souffre aussi de douleurs articulaires importantes ce qui rend difficile la pratique du piano. J’ai également de très nombreuses pertes de mémoire, j’ai donc appris à m’adapter sur scène en utilisant un support où mes chansons y figurent.

As-tu changé de métier ? Ou développé un nouveau projet ?

Je n’ai pas changé de métier, mais j’ai développé un autre projet en utilisant ce que je sais faire chanter. J’ai choisi de faire de cette épreuve, une mobilisation active, un lien vers les autres. Je suis devenue marraine d’une association www.aunomdecelles.com qui a pour but de créer des évènements solidaires pour les personnes touchées par le cancer. Ces évènements sensibilisent à la lutte contre le cancer, ceux qui croient que ça n’arrive qu’aux autres et offrent un moment d’évasion et de spectacle à celles et ceux qui se battent au quotidien contre la maladie. Le projet existe et il fonctionne chaque année un peu plus, mais j’aurais besoin d’aide et de communicants pour développer cela partout en France ou ailleurs.

A ton avis, quelle qualité as-tu gagné en étant confrontée à la maladie ?

Je crois que j’ai gagné la certitude que la persévérance est une force. J’ai la certitude que le chemin que j’ai choisi est le bon, j’ai aussi pris conscience que j’avais besoin des autres.

A ton avis, quelle compétence as-tu développé en étant confrontée à la maladie ?

Je suis de nature très timide. J’ai appris à faire confiance à ma capacité relationnelle et d’échanges.

As-tu quelque chose à rajouter ?

Je trouve formidable votre action. Dire aux yeux du monde que le cancer impacte sur la vie de celui qui a été malade et son entourage reste tabou. Permettre à tous d’en témoigner est le chemin pour changer les poncifs. Le dire c’est lever ce lieu commun qui dit « ah ! mais tu n’as plus de chimios, tu es guérie alors arrêtes d’en parler ! » Depuis de nombreuses années, j’ai rencontré des femmes ou des hommes ayant traversé l’épreuve du cancer et à chaque fois je suis admirative de leur capacité de résilience. De très nombreuses actions et associations se montent et existent pour changer la vie des survivants du cancer mais aussi changer le regard de celui-ci dans notre société Nous sommes chacun d’entre nous les acteurs des changements qui s’opéreront dans la prise en charge et soin de support du cancer.