Yves

Rencontre avec Yves

Yves a 48 ans. Il vit à Paris et est photographe indépendant. Il nous raconte ici son expérience de vie “cancer et travail”.

Quel est ton métier?

Photographe

Depuis quand l’exerces-tu ?

23 ans

Pourquoi l’as-tu choisi ?

Cinéphile, j’ai passé des heures à la cinémathèque. Je me suis intéressé à la photographie et je me suis très vite tourné et consacré au portrait. Je m’intéresse aux gens et j’apprécie l’intimité que crée le portrait, le rapport profond qui est créé entre le photographe et le sujet.

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ?

J’étais indépendant.

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ?

Je l’ai dit à quelques clients, très ponctuellement. Pour les commandes à longue échéance, j’ai choisi de ne pas le dire. Je leur ai dit a posteriori.

Comment les gens ont-ils réagi ?

Souvent en fonction de leurs propres angoisses et ce que la maladie leur renvoit.

As-tu continué à travailler ou à te former ou t’es-tu arrêté pendant les traitements ?

J’ai continué à travailler mais avec moins de travail au fil du temps car j’avais moins d’énergie pour le développement commercial et j’avais une forme d’urgence qui n’était pas la bonne. Je pressais trop les gens car j’étais pressé moi-même.

As-tu rencontré des difficultés particulières ?

Pendant toute cette période, j’avais une mauvaise tête. Et pendant plusieurs années, 4 ans, je savais que j’étais malade mais sans diagnostic précis. J’avais un cancer mais pas de traitement car les médecins le considéraient comme peu virulent. Du coup j’hésitais à en parler, mais j’étais épuisé. C’est une période qui a été beaucoup plus dure que le temps des traitements, la chimiothérapie où j’étais dans la lutte.

Qu’est-ce qui t’a aidé ?

D’abord un besoin d’indépendance financière. J’avais environ 150 euros par mois du RSI. Je n’avais pas d’autre choix que de continuer. Mes clients mais il fallait que je délivre, or j’avais moins d’énergie pour délivrer. Le métier de photographe est aussi un métier « physique ».

Qui t’a aidé ?

Ma compagne, qui a toujours été à mes côtés.

Qu’est-ce qui t’aurait aidé ?

Etre moins seul au plan professionnel. Pas de collègue, pas de manager, pas d’entourage professionnel. Les indépendants travaillent peu en équipe. Au plan professionnel, c’est une vraie difficulté.

Quelle info essentielle aimerais-tu partager ?

J’avais envie que la maladie change le moins de choses possibles ce qui était peut-être un peu mal joué. J’avais une sale tête et comme je ne le disais pas, personne ne comprenait.

Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?

Le cancer m’a changé moi et mon approche a évolué. J’ai davantage de distance et un rapport au travail différent. J’ai l’impression d’être plus professionnel et déterminé. J’ai gagné en liberté mais aussi en efficacité. Je vais à l’essentiel. J’ai appris à dire non.

As-tu changé de métier ? Ou développé un nouveau projet ?

Nous avons choisi de partir une année à l’étranger, en famille. C’est un projet familial. Nous avions le souhait de nous ouvrir sur le monde et de partager d’autres choses. Cela m’a donné l’occasion de reportages que je n’aurais peut-être pas réalisés sans cela. La maladie nous a donné le courage de nous lancer dans cette aventure.

A ton avis, quelle qualité as-tu gagné en étant confronté à cette maladie ?

De la ténacité, du courage. Un peu plus de perspectives.

As-tu quelque chose à rajouter?

J’aimerais que le sujet des indépendants et leur solitude face à la maladie soit davantage pris en compte.