CHantal

Rencontre avec Chantal

Chantal a 57 ans et est responsable de communication interne dans un grand groupe. Elle a surmonté trois cancers et revient ici sur son expérience du second – le plus méchant…

Quel est ton métier ?

Je suis Responsable de la Communication interne.

Depuis quand l’exerces-tu ?

Je suis à ce poste depuis février 2014

Pourquoi l’as-tu choisi ?

Au sein de mon entreprise, nous avons la possibilité de demander une mobilité et de consulter la liste des postes disponibles. J’ai choisi ce poste qui m’offre un regard sur une multitude de projets de l’entreprise, qui me permet de rencontrer plein de gens tous très enrichissants, et qui laisse libre cours à ma créativité. Je n’avais pas d’expérience en communication et je me suis vendue en disant que j’avais très envie de tenir ce poste, ma motivation a semble-t-il été plus forte que l’expérience.

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ?

J’ai été atteinte de 3 cancers, je vais me focaliser sur le deuxième qui a été le plus méchant. En 2012, j’étais responsable de projet.

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ?

Contrairement à mon premier cancer où j’avais tu mon problème de santé auprès de mon environnement professionnel ; pour celui-ci j’en ai parlé immédiatement à mes collègues proches et à mon manager. Au tout début, c’est la période du diagnostic, on ne sait pas vraiment quelle est la gravité de ce foutu cancer, j’ai alors partagé mon inquiétude, ma peur, le fait que je n’arrivais plus à dormir, et j’ai exprimé ce que j’attendais d’eux : j’avais besoin de travailler sur les projets à 300% pour penser à autre chose … Et j’ai été d’un efficacité et d’une agilité d’esprit décuplées jusqu’au moment de l’opération.

Comment les gens ont-ils réagi ?

Oh ! Il y a de tout, les réactions sont très diverses.

Beaucoup de gentillesse et beaucoup de bienveillance. Je me suis sentie très bien écoutée, comprise et entourée.

Et aussi beaucoup de maladresse. Par exemple mon hantise c’était la perte de mes cheveux, et ceux qui disent « ne t’inquiète pas ça va repousser » n’ont juste rien compris. Pour moi, c’était une véritable souffrance psychologique et une vraie douleur physique.

Et puis le plus terrible c’est de lire la peur dans le regard des autres ; et oui le cancer reste associé à la mort. Ça fait très peur, et c’est alors compliqué quand les rôles s’inversent et que c’est moi la malade qui doit rassurer les autres et expliquer que je vais me battre. Je l’ai vécu 2 fois dans mon travail.

As-tu continué à travailler ou t’es-tu arrêté pendant les traitements ?

Je me suis arrêtée la veille de mon opération et j’ai recommencé 4-5 jours après à travailler à distance et ce pendant environ 15 jours.

Et puis les résultats sont tombés : chimio lourde qui serait suivie d’une radiothérapie. Mon oncologue a été très clair, je devais me concentrer sur mes soins pour me donner le maximum de chances de gagner ce combat. « Ah merde c’est donc très grave ! », voilà ce que j’ai compris de ma maladie et deux ans plus tard l’accès à mon dossier médical m’a fait froid dans le dos.

Mon mari qui m’aime m’a prié d’arrêter toute activité, même à la maison, pour me soigner.

Oui, mon temps serait consacré à me soigner, à récupérer au mieux des séances de chimio et pour cela il fallait rester active physiquement. Je faisais tout pour garder des pensées positives : prendre soin de mon image, plein de sorties et loisirs.

Plus de place pour le travail pendant 9 mois !

9 mois c’est le temps pour faire un bébé ! Et pour moi cela a été le temps de renaitre dans une nouvelle vie encore plus belle.

As-tu rencontré des difficultés particulières ?

Sur un plan personnel, j’étais très mal moralement au début. J’avais peur et toujours cette phobie de la perte de mes cheveux. J’ai eu la chance de rencontrer très tôt « La maison des patients et des proches » de l’Institut Curie. J’y ai trouvé l’écoute psychologique dont j’avais besoin, la possibilité d’échanger avec d’autres patientes et une aide réelle avec la possibilité de participer à des ateliers sur plusieurs thèmes.

Je parle de cet aspect personnel car il affecte également ma vie professionnelle puisque cela affecte ma personne.

Sur le plan professionnel, au début, j’ai éprouvé beaucoup de culpabilité quand j’ai annoncé à mon manager que je m’arrêtais de travailler complètement. Mon manager faisait référence à telle personne qui elle s’était arrêtée à mi-temps, ou telle autre qui avait continué à travailler par intermittence. Comment expliquer que derrière le mot cancer, il y a plusieurs cancers et encore davantage de façons de le vivre. Il ne faut pas comparer, pas juger, chacun et chacune fait comme il peut en fonction de ce qu’il est et de ce que lui apporte son entourage. Ça, il faut l’expliquer pour que l’entourage professionnel le comprenne !

Au moment de la reprise en mi-temps thérapeutique, j’ai rencontré beaucoup de difficultés à me concentrer, mon travail me demandait beaucoup d’efforts.

Je me suis mise à douter de moi. Est-ce que mes managers me reconnaissaient pour la réalité de mon travail ou par compassion ?

Qu’est-ce qui t’aurait aidée ?

Je ne sais pas, peut-être avoir une « marraine » sur mon lieu de travail qui aurait traversé une épreuve similaire et qui aurait pu m’écouter lorsque j’en avais besoin ou à minima s’assurer (hors contexte hiérarchique) que tout va pour le mieux.

Qu’est-ce qui t’a aidée ?

Pendant mon arrêt maladie : La proximité de mes collègues qui prenaient très régulièrement de mes nouvelles et qui ont été présentes dans les moments difficiles : la veille de la première chimio, le jour où mes cheveux ont commencé à tomber en masse, lorsque je me suis retrouvée en fauteuil roulant …

Quand on est en activité, nos collègues de bureau occupent une place importante dans notre vie sociale et il ne peut pas y avoir d’un seul coup une rupture totale. Il est plus facile de traverser une telle épreuve entourée que seule.

Au moment de la reprise de mon activité : certes j’avais perdu « mon projet », normal la vie de l’entreprise a continué pendant mon arrêt de travail, et ça je le savais et j’y étais préparée. J’ai beaucoup apprécié lors de mon retour de voir que l’on m’attendait, que mon Directeur n+2 m’avait réservé un créneau dans son agenda pour m’expliquer quelles seraient mes nouvelles missions, et comment il envisageait de me réintégrer dans l’entreprise tout en me permettant de reprendre pieds à mon rythme tout en me donnant une vision par le haut des projets et de la stratégie de l’entreprise. C’était très valorisant et important pour moi car on me faisait confiance.

Qui t’a aidée ?

Tout mon entourage professionnel.

Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?

En bien ? La maladie grave permet de relativiser. Aujourd’hui je sais ce qui important dans la vie et il ne faut vraiment pas se prendre la tête pour des contraintes professionnelles. Et ça devient une force car je sais maintenant prendre du recul et trouver des solutions différentes.

En mal ? Même 4 ans après j’ai le sentiment d’avoir parfois encore des difficultés de concentration. Ou peut-être est-ce simplement normal ? Alors je me méfie et je prends beaucoup de notes.

As-tu changé de métier ? Ou développé un nouveau projet ?

Oui car lorsque je suis revenue en mi-temps thérapeutique, je me suis retrouvée chargée de mission et j’avais besoin de retrouver un poste à « moi ». J’éprouvais aussi le besoin de faire mes preuves dans un environnement où je n’avais pas un passé de malade du cancer. J’avais besoin de m’assurer que je pouvais être appréciée pour ce que je faisais et non pas par compassion.

Quelles difficultés as-tu rencontrées ?

Aucune, dans mon entreprise, il existe un service avec toutes les offres d’emploi et on peut postuler sans difficulté. Je me suis présentée aux entretiens de recrutement comme tout le monde sans étiquette « malade du cancer ».

A ton avis, quelle qualité as-tu gagnée en étant confrontée à cette maladie ?

Je suis plus humaine, j’aime les gens et je regarde chacun d’entre nous pour ce qu’il a de beau. Et aujourd’hui je trouve que je suis entourée de belles personnes toutes différentes, certes chacune à ses petits défauts, comme moi.

A ton avis, quelle compétence as-tu développée en étant confrontée à cette maladie ?

La résilience

As-tu quelque chose à ajouter ?

Cette maladie est une épreuve, une éprouve redoutable mais j’en suis sortie plus forte. Et je veux partager avec vous les paroles d’une chanson : la vie simplement de Mickael Miro.

Mon moteur : la vie est belle.

La vie c’est méchant.

On l’imagine comme un jeu d’enfant,

Légère comme une marelle, plus belle qu’un cerf volant.

C’est que du vent.

La vie c’est violent.

Sans prévenir la vie montre les dents .

Souvent nos fleuves tranquilles se déchainent en torrents.

La vie c’est violent.

 

Chanter la vie est belle en plein tourment

Me fait pousser des ailes juste le temps

D’admirer l’essentiel tout simplement.

Les pieds dans le vide crier je suis vivant.

 

Hé ho hé ho

Je suis vivant !

Hé ho hé ho ho ho ho ho.

 

La vie c’est dément

Sans préavis la vie coupe le courant

Souvent les premiers à partir pensent avoir le temps

La vie tu mens

 

La vie c’est devant

Bonheur en prime à bout portant

Reste à trouver les clefs pour aller de l’avant

Évidemment

 

Chanter la vie est belle en plein tourment

Me fait pousser des ailes juste le temps

D’admirer l’essentiel tout simplement.

Les pieds dans le vide crier je suis vivant.

 

Chanter la vie est belle en plein tourment

Me fait pousser des ailes juste le temps

D’admirer l’essentiel tout simplement.

Le cœur dans le vide crier je suis vivant.

 

La vie simplement

Ne donne rien qu’elle ne reprend.

 

Hé ho hé ho

Je suis vivant !

Hé ho hé ho ho ho ho ho.

 

Hé ho hé ho

Je suis vivant !

Hé ho hé ho ho ho ho ho.

 

Les pieds dans le vide

Vivant

Mon cœur dans le vide

Est-ce que tu l’entends

Ho ho ho ho

La vie simplement.