Thibault

Rencontre avec Thibaut

Thibaut a connu la maladie à 20 ans alors qu’il était étudiant en alternance. Il nous raconte ici son expérience de la maladie et comment il a su allier traitements et la poursuite de ses études.

Quel est ton métier ?

Ingénieur Conception Mécanique

Depuis quand l’exerces-tu ?

Une semaine

Pourquoi l’as-tu choisi ?

J’ai toujours eu un grand intérêt pour la mécanique en générale, les projets industriels m’intéressent, je pense pouvoir évoluer et apprendre dans ce métier.

Quand as tu appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ?

Juste avant de rentrer en 2ème année d’école d’ingénieur, professionnellement j’étais en apprentissage.

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ?

Oui, ma mère travaillant dans la même entreprise que moi (PME d’une centaine de personnes) a expliqué la situation à mes collègues et supérieurs peu de temps après le diagnostic.

Comment les gens ont-ils réagi ?

Ils ont été étonnés de l’apprendre, les gens ne s’attendent pas à ce qu’un jeune de 20 ans soit touché par un cancer. Les gens se sentant concernés se tenaient informés par l’intermédiaire de ma mère. Parfois quand c’était trop difficile pour elle d’en parler elle répondait « Désolée mais non là ce n’est pas le moment ». Il m’est arrivé quelques fois de passer saluer mes collègues durant mon année de traitements. Ils étaient plutôt contents de me voir, ils pouvaient constater que le moral allait bien et que le physique tenait bon.

As tu continué à travailler ou t’es-tu arrêté pendant les traitements ?

Je n’ai pas continué à travailler pendant les traitements, je pense que ça n’aurait pas été possible. En revanche quand mon physique me le permettait, j’allais passer quelques jours à l’école. Cela me permettait de ne pas perdre le contact avec mes collègues de promo, de prendre l’air, d’avoir une vie sociale. Ramener un peu du quotidien d’un étudiant normal dans mon quotidien de malade était une vraie bouffée d’oxygène.

As-tu rencontré des difficultés particulières ?

Lors de ma reprise du travail à plein temps, mon tuteur n’avait pas du tout anticipé mon retour. Je me suis retrouvé dès la première semaine sans réels travaux à faire, puis au bout d’un peu plus d’une semaine j’ai dû changer de site et de tuteur pour trouver un projet. Une semaine « à rien faire » alors que je revenais à temps plein, puis un changement de site, de tuteur, de repères sans y avoir été préparé ont beaucoup affecté mon moral. Je pense que cet épisode a beaucoup participé au coup de blues que j’ai ressenti environ 6 mois après être sorti des traitements.

Qu’est ce qui t’aurait aidé ?

Une meilleure préparation de mon retour à temps plein de la part de mon manager.

Qu’est ce qui t’a aidé ?

L’adaptation de mon parcours scolaire. Mon année de traitement m’a fait louper m’a 2ème année. Au lieu d’un redoublement « sec » après mes traitements j’ai repris en 3ème année. Cela m’a permis de rester dans la même promotion avec des camarades que je connaissais, appréciais et qui m’avaient accompagné durant les traitements. La date de rentrée en 3ème année plus tardive me permettait également de ne pas avoir à reprendre l’école sans avoir tout à fait fini les traitements. J’ai, grâce à cela, repris l’école dans les meilleures conditions possibles. J’ai fait ma 2ème année après ma 3ème et ai obtenu mon diplôme.

Qui t’a aidé ?

Ma famille et mes amis. J’ai été super entouré pendant mes traitements tout le monde a toujours fait le maximum pour que cela se passe bien et être présent auprès de moi. La responsable de ma formation qui a rendu possible l’adaptation de mon parcours scolaire. Le « nouveau » tuteur que j’ai trouvé en changeant de site qui a été patient et attentif à mon égard dans une période où j’en avais vraiment besoin, son discernement m’a été précieux.

Quel a été l’impact du cancer sur ta vie professionnelle ?

La maladie ma fait « perdre » un an dans mes études, c’est plutôt minime.

As-tu changé de métier ? Ou développé de nouveau projet ?

Non je n’ai pas changé de métier, mes projets professionnels sont les mêmes qu’avant la maladie. Mon seul « nouveau » projet est de m’investir dans l’association « On est là ». C’est une super asso de soutien et d’échanges entre adolescents et jeunes adultes touchés ou ayant été touchés par le cancer. Cela m’a permis de rencontrer plein d’autres jeunes qui ont été touchés par la maladie, de parrainer un jeune qui traverse en ce moment la même épreuve que moi et avec qui je partage mon expérience. Je suis super content de faire cela et de participer à leurs projets, c’est super enrichissant personnellement, cela me challenge, me fait vibrer et entretient la « leçon de joie de vivre » que m’a donné le cancer.

A ton avis, quelles compétences as-tu développées en étant confronté à la maladie ?

La maladie a exacerbé mes « qualités relationnelles », j’apprécie encore plus qu’avant le contact avec les autres, la communication, l’échange, le partage. Je pense également avoir beaucoup plus de joie de vivre depuis la maladie, je prends les problèmes avec plus de distance, de détachement et déguste les bons moments avec plus d’intensité.

As-tu quelquechose à rajouter?

Merci. Merci à mes proches et à toutes les personnes qui ont participé à mon combat. Ils ont été au moins autant que moi acteurs de mes victoires. Merci à On est là de me faire autant vibrer. Vivement la suite !