Silouette

Rencontre avec Reine

(Pour respecter la volonté de cette personne, cette interview est anonyme, le prénom utilisé est un pseudo)

Reine a 44 ans et vit à Paris. Maman solo de deux jeunes enfants , elle est consultante dans le domaine du conseil en communication et relations média. Elle partage avec nous son expérience de vie cancer et travail.

Quel est ton métier ?

Je suis une indépendante et je fais du conseil en communication et relations médias

Depuis quand l’exerces-tu ?

Très longtemps…

Pourquoi l’as-tu choisi ?

Parce que j’aime les contacts et suis curieuse de tout. Et puis mon métier sert parfois à faire passer de belles valeurs, faire connaître des initiatives utiles

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ?

J’étais « jeune » indépendante

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ?

Certains oui, d’autres non. En fait je n’étais pas à l’aise avec le cancer sans doute parce que l’image est importante dans mon métier et parce que le cancer abîme l’image de soi pendant les traitements bien sûr mais aussi après…J’ai mis plus d’un an à perdre les kilos accumulés durant les 9 mois de soins…

Comment les gens ont-ils réagi ?

Beaucoup de bienveillance et de soutien enfin pour ceux qui étaient au courant

As-tu continué à travailler ou à te former ou t’es-tu arrêté pendant les traitements ?

Oui pas le choix, quand on est indé pas d’arrêt maladie possible ! Nous restons des travailleurs précaires alors quand on est malade, c’est pire. La mort sociale, on la voit arriver vite. Et puis on ne peut pas dire à un client « oh désolée, j’ai un cancer à dans 6 mois…enfin si je suis encore là ! Salut.». Donc on se tait, on souffre en silence et surtout on s’organise avec l’agenda des soins. Moi quand j’avais une réunion de travail, c’était toujours à J+3 minimum après la cure de chimio par exemple.

As-tu rencontré des difficultés particulières ?

Au début, ça allait pas trop mal mais au fur et mesure des soins, les troubles cognitifs étaient difficiles à gérer et devenaient handicapants dans mon travail et dans le lien avec mes relations. Il m’arrivait parfois de commencer une phrase et ne pas pouvoir la finir. Oui là c’est vraiment dur ! J’avais le cerveau en bouillie.

Qu’est-ce qui t’a aidé ?

Mon boulot justement et les liens sociaux qu’il générait.

Qu’est-ce qui t’aurait aidé ?

Prendre soin de moi, profiter un peu et surtout me faire chouchouter. Pas de massages, ni sport adapté ni même de groupe de parole. Pas le temps, pas l’occasion… Et surtout comme je suis indé, j’ai continué à travailler en tenant compte de « cancer ». Aujourd’hui, je pense que j’étais dans le déni et prendre soin de moi m’a finalement beaucoup beaucoup manqué

Qui t’a aidé ?

Ma famille, mes amis et aussi la ligue contre le cancer 75 qui a été formidable !

Quelle info essentielle aimerais-tu partager ?

Difficile à dire car pas mal de « bons plans ». On se les échangeait la plupart du temps en salle d’attente entre nous. Après il y a le web et Allo Alex maintenant 😉 Je trouve qu’il y a de plus en plus d’initiatives pertinentes et utiles pour les personnes touchées par le cancer portées par des anciens malades engagés et pro !!

Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?

J’ai pu développer un nouveau réseau et surtout cela m’a donné envie de rebondir sur cette expérience de vie si particulière. Je suis plus engagée, j’ai envie de partager mon expérience avec d’autres. Je suis vraiment contente car je vais suivre un DU Accompagnement parcours patient à l’Université des Patients. J’en suis très fière. Et puis j’ai fait plein de vraies belles rencontres !!

As-tu changé de métier ? Ou développé un nouveau projet ?

Je réponds plus haut 😉

A ton avis, quelle qualité as-tu gagné en étant confrontée à cette maladie ?

Lhumilité !

A ton avis, quelle compétence as-tu développé en étant confrontée à cette maladie ?

Je suis devenue une patiente expérimentée, un plus dans mon métier