Chloe

Rencontre avec Chloé

Chloé a 27 ans. Diplômée d’un Master II en Marketing et Relation Client, elle vit dans le Loiret chez ses parents pour des raisons financières depuis ses traitements. À la recherche d’un emploi, elle compte bien retrouver rapidement son indépendance en décrochant un travail !

Son cancer a été diagnostiqué alors qu’elle terminait tout juste ses études. Avec une joie de vivre communicative, elle a bien voulu témoigner de son expérience.

Quelle est ta formation ?

Dernier diplôme obtenu : Master II en Marketing et Relation Client en alternance

Master I en Marketing et Relation Client, en alternance.

Bachelor en Gestion commerciale et marketing, en alternance

DUT Techniques de Commercialisation dont un semestre d’études en Espagne ERASMUS

Quel est ton métier ou quel métier aimerais-tu exercer ?

Étant à la recherche d’un emploi, je ne suis pas arrêtée sur un métier en particulier, le domaine du marketing, communication est vaste. Je me lance dans la vie active alors je suis à l’écoute des offres du marché.

J’aimerais me diriger vers le métier de chef de projet dans le marketing/communication…

Je souhaite travailler au contact des gens, je n’ai pas une formation en ressources humaines mais ça me plait, si je pouvais apprendre à gérer ces ressources sur le terrain, ça serait vraiment un plus.

Je souhaite un métier où l’humain est présent, une entreprise qui prend en compte l’environnement dans lequel nous vivons.

Durant ces 4 dernières années, j’ai même pensé à changer de voie professionnelle pour aider les gens, assistante sociale notamment mais après réflexion, non.

J’ai eu des projets d’entrepreneuriat aussi, le truc c’est qu’ils étaient liés au cancer et je souhaite m’en éloigner.

Je veux tout simplement exercer un travail qui a du sens pour moi, qui me nourrit au quotidien. Intégrer une entreprise qui possède des valeurs humaines que je prône : la solidarité, le respect, l’ouverture, la considération.

Pourquoi l’as-tu choisi ?

Je l’ai choisi pour le côté polyvalent, être sur différents fronts et ne pas me lasser de tâches quotidiennes. Avoir quelques responsabilités, oui quand même ! Et aussi, pour la relation aux autres, autant le travail en équipe, que la relation avec les différents partenaires dans le projet. J’aime être au contact des gens, c’est enrichissant (bon, ça peut-être difficile aussi, si conflit…)

A 17 ans, lors des vœux l’année du BAC, je n’avais pas trop d’idées, c’était avocate/juge pour enfant ou le commerce… Une maman infirmière, un papa commerçant, je baignais dans le commerce, j’ai donc choisi ce domaine.

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ?

Je venais de terminer mes études quand j’ai appris que j’avais le cancer. J’avais pour souhait de partir à l’étranger, découvrir le monde en Permis Vacances Travail au Canada ou en Australie ! Au lieu de ça, direction la chimiothérapie pour sauver ma vie ! (J’adore les rimes ! Hihi)

Je venais de terminer mon Master II, j’étais inscrite à Pole Emploi, je faisais des petites missions afin d’économiser pour mon voyage !

Et Bim, il a pointé le bout de son nez !

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ?

Je n’ai jamais caché mon cancer à qui que ce soit, je préfère être honnête, la vérité nous rattrape toujours. Et puis pourquoi le cacher ? Il a fait partie de ma vie, il a produit des changements et a fait la personne que je suis aujourd’hui.

Quand je suis tombée malade, je ne travaillais pas mais mes anciens collègues, entourage pro et perso l’ont su rapidement. J’ai choisi comme je disais de dire la vérité. “J’ai un cancer”.

Certains devenus des amis m’ont suivi de près, d’autres de plus loin, et mon ancien tuteur pense à moi et m’écrit quand il y a des recrutements dans les boites dans lesquelles il est. C’est sympa ! Même aujourd’hui, quand je rencontre des gens dans le domaine pro, quand on me demande : « Et toi, tu bosses dans quoi ? » « Que faites-vous dans la vie ? », je parle très brièvement de ces quatre dernières années et je mets en avant tout ce que j’ai fait.

Comment les gens ont-ils réagi ?

Beaucoup étaient sans voix, surpris (« normal », j’ai envie de dire !), certains ont pleuré. Ils ne comprenaient pas pourquoi moi, et moi non plus sur le coup, mais pourquoi pas ma foi !

En fait, beaucoup voyaient en moi cette nana pétillante, souriante et dynamique qui tout d’un coup allait se retrouver en traitements, fatiguée, plus de cheveux… Mon image à leurs yeux allait changer et je pense que c’est ça, qui les a effrayé en plus du fait de ne pas savoir si j’allais vivre ou mourir. J’ai perdu des contacts, des amis lors de cette bataille, ça fait mal mais c’est la vie ! On était arrivés au bout de notre chemin !

As-tu continué à travailler ou à te former ou t’es-tu arrêté pendant les traitements ?

J’étais en transition, sans travail. Pendant mes traitements, j’ai été active, bénévolement auprès d’organismes, d’associations et pour moi-même. Participation à des activités via Rose Magazine. Co-fondatrice de l’association On est là. J’ai également travaillé afin de développer l’entreprise familiale de mon papa.

As-tu rencontré des difficultés particulières ?

Bien sûr et encore que j’avais mes parents pour palier à certaines difficultés financières.

Étant une grande bavarde, je n’avais pas de mal à m’exprimer à ce sujet, je n’ai pas été dans le déni. J’ai été diagnostiquée en février 2013, j’ai ressenti vraiment le besoin de parler à une psy (et qui plus est me correspondait) en octobre 2013. Ma colère qui m’avait portée jusque là, s’apaisait et je commençais à lâcher.

Qu’est-ce qui t’a aidée?

Deux fois, j’ai monté un dossier avec une assistante sociale, dans le but d’obtenir une aide financière de la Ligue contre le Cancer de mon département.

J’ai également monté un dossier MDPH, afin d’obtenir la carte d’invalidité et la carte de stationnement handicapé. Que j’ai obtenu. J’ai aussi vu avec la MDPH pour obtenir une aide financière de la CAF, le traitement du dossier a été très long mais j’ai fini par obtenir une aide pendant 1 an.

Dans ma région, il existe un dispositif nommé Onco Loiret qui donne accès à des séances de sophrologie, socio-esthétique, séance de psy gratuites, cela aide vraiment, j’ai bénéficié de quelques séances.

Qu’est-ce qui t’aurait aidée ?

Soignée en Province, j’étais la seule « aussi » jeune dans mon service oncologie. Cela avait ses petits avantages, j’étais chouchoutée mais il me manquait des repères. J’aurais souhaité, au départ de ma prise en charge, avoir un moyen de connaître des « anciens malades » jeunes, pour être comprise avoir un retour sur leur expérience de vie qu’est la maladie.

Je me suis alors renseignée, j’ai regardé l’existant pour ma tranche d’âge… Et rien ou si peu…

En participant à certains projets, j’ai rencontré Anne-Sophie Robineau. On a beaucoup échangé, elle a partagé son vécu avec moi, on s’est soutenu et nous avions cette envie commune de fonder une asso qui pourrait palier le manque que nous avons rencontré. Chose faite, la même année les statuts étaient déposés et l’aventure, l’envie commune à 5 jeunes de créer une communauté qui existe sans se connaître commençait !

J’aurais souhaiter trouver, dans mon centre hospitalier, un book regroupant les démarches possibles en cas de maladie (comment avoir une aide financière ? A quelle porte allez toquer ? Les trucs et astuces pour se sentir mieux, les bonnes adresses de « médecine parallèle »…) Mais rien, je me suis donc débrouillée seule, et je partageais les infos à qui en avait besoin.

J’ai voulu rédiger un book avec les adresses utiles pour mon centre hospitalier, mais les gens volent, abiment, déchirent… Et comme je n’ai pas pour habitude de faire les choses à moitié, je ne voulais pas être déçue et en colère. Je faisais donc part au personnel soignant de mes « trouvailles » et c’était répercuté ou pas… La suite ne m’appartenait pas…

Qui t’a aidée ?

Mes parents et certains de mes amis m’ont énormément soutenue, ils ont été une belle béquille. D’autres se sont éloignés, ça fait mal au début mais ça aide après pas besoin de négatif dans cette histoire !

Ma psy (j’en ai essayé 3 avant elle et rien, je n’arrivais pas à me livrer, mais avec elle, c’est naturel), elle m’a vraiment beaucoup aidé et je la consulte encore parfois quand j’en ressens le besoin. Ça fait parti des soutiens essentiels dans ce parcours selon moi, alors je suis fière de moi pour avoir franchi ce pas. Elle est neutre, ne juge pas et me donne à réfléchir autrement. Après c’est un travail de longue haleine pour se sentir mieux.

Ouverte aux médecines parallèles, j’ai aussi pas mal consulté ostéopathe et acupuncteur.

Mon amour pour les chevaux, les animaux m’a aidé, l’équitation est une échappatoire !

Quelles infos essentielles aimerais-tu partager ?

– Contacter une assistante sociale dans le but de monter un dossier pour la MDPH, d’avoir une carte d’invalidité et une carte de stationnement (agréable pour les déplacements et c’est gratuit, pas ce poids là supplémentaire)

– Participer à des évènements près de chez soi pour rencontrer, si l’envie y est, des personnes traversant cette épreuve dans le but de se sentir compris.

– Ne pas rester isolé

– Parler, ne pas rester dans le mutisme, il n’y a pas de questions bêtes

Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?

Cela m’a amenée à me reposer des questions telles que : Suis-je sur la bonne voie ?

Je pense sincèrement qu’il a apporté du positif. Il m’a amenée à rencontrer beaucoup de personnes, j’ai par ce biais élargit mon réseau, des opportunités se sont présentées à moi…

As-tu changé de métier ? Ou développé un nouveau projet ?

Je n’ai pas changé de métier non, je n’ai même pas pu l’exercer réellement en entreprise jusque là, mais je pense que je ne travaillerai pas toute ma vie dans ce secteur.

La société bouge beaucoup, on est amené à se réorienter (parce que la retraite est bien loin et si on en a une !)

A ton avis, quelles qualités as-tu gagnées en étant confrontée à cette maladie ?

– Je pense plus à moi avant les autres

– Sociabilité +++, curiosité +++, ouverture d’esprit (Je l’étais déjà mais là c’est décuplé !)

– Ma présence me suffit parfois, je fais des choses seules si ça me rend heureuse

– J’ai gagné en confiance en moi, même si parfois je la remets en question

– Je sais ce que je ne veux plus dans mes relations

– Je ne me force plus quand je n’en ai pas envie. Faire attention à ne pas se dire Non à soi même quand on dit oui aux autres.

– Moins se prendre la tête pour des bêtises

– Me moquer du regard des autres du moment que je suis bien

A ton avis, quelles compétences as-tu développées en étant confrontée à cette maladie ?

– Meilleure résistance au stress

– Gérer les priorités

– Grande adaptabilité

– Gérer son cancer, c’est gérer un projet en quelque sorte, son budget, ses rendez-vous, sa fatigue… Alors l’adapter en entreprise c’est plus que jouable !

As-tu quelque chose à ajouter ?

Avec le recul, le cancer a produit celle que je suis aujourd’hui. Pourquoi? en partie parce que le négatif (qui ne doit en aucun cas être négligé dans cette épreuve), j’ai réussi parfois à le transformer en positif. Positive attitude sans être dans le déni, en acceptant chaque étape (ça paraît simple dit comme ça même si ça n’a pas toujours été évident).

A la question POURQUOI MOI ? J’ai envie de répondre POURQUOI PAS !!

Je n’ai pas eu peur de mourir, j’ai eu peur de ne plus vivre !

Chercher les raisons qui ont provoqué ce cancer à quoi bon ? Je n’aurai pas de réponse, à la différence, la question à se poser c’était ok, bon il est là, qu’est ce que j’en fais ?

Aujourd’hui, vivante, j’ai envie de crier qu’avec un mental d’acier, une volonté de fer, on peut s’en sortir !(malheureusement, certains avaient toutes ces compétences et le crabe a gagné), Être bien accompagné ça aide beaucoup aussi. Les aidants, combattants de l’ombre, sont essentiels dans cette bataille.

Côté professionnel, je me suis longtemps dit : « mais comment je vais faire lorsque je vais me remettre dans mes recherches ? » « De quelle manière je vais pouvoir m’exprimer quant à cette expérience de vie, et mon « trou » dans le CV ?

Je doutais de moi et mes capacités, le job dating du 20.09.16 m’a beaucoup aidé en ce sens. Le cancer, c’est de l’expérience.

Ne pas oublier qu’au travail, on va rechercher des connaissances, des compétences mais on embauche l’humain avant tout, nous ne sommes pas des machines, c’est pourquoi il faut rester soi-même.

Le cancer m’a amené sur un terrain inconnu, je suis sortie de ma zone de confort pour le combattre, j’ai développé des ressources en moi, insoupçonnées.

Il faut que je continue de croire en moi lors des moments de doutes, ça sera peut être long mais avec de la volonté et de la ténacité on y arrive, je vais donc trouver un travail !!!

« Impossible n’est pas français » comme disait Napoléon.

Et comme disait Confucius « On a 2 vies, jusqu’à ce qu’on prenne conscience qu’on en a qu’une ».