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Rencontre avec Lili Sohn

Lorsque son cancer a été dépisté, Lili Sohn était salariée au Canada. Elle témoigne de son expérience de la maladie dans le monde du travail et de comment le cancer a radicalement transformé sa manière d’envisager sa profession.

Quel est ton métier ?

Je suis graphiste de formation et j’ai toujours dessiné. Aujourd’hui, je suis illustratrice et auteure de BD. Je réponds à des commandes (souvent pour le milieu médical) pour illustrer des affiches, livres, sites web, t-shirts… Je fais de la facilitation graphique, une synthèse en dessin et en live (durant des conférences, formations…). Il y a aussi la BD (que j’édite d’abord sur mon blog, parce que c’est cool d’avoir un retour direct du public). Et, je viens de terminer mon premier reportage BD (sur un organisme qui offre de la nourriture intellectuelle aux SDF dans un quartier de Montréal).

Depuis quand l’exerces-tu ?

Depuis que j’ai eu le cancer (oui je sais, ça peut paraître bizarre)! J’ai toujours fait un peu de BD (et rêvé d’en faire mon métier). Lorsqu’on m’a diagnostiquée, j’ai ouvert un blog BD où j’ai commencé à raconter mon quotidien face à la maladie. Un éditeur m’a contactée et j’ai édité 3 tomes sur cette histoire (La guerres des tétons, Ed. Michel Lafon).

Pourquoi l’as-tu choisi ?

C’était un rêve. Je n’ai jamais osé y croire, je ne me suis pas donnée les moyens. Le cancer m’a désinhibée et je me suis lancée à fond! J’ai appris que quand on ne prend pas de risque, il n’arrive jamais rien.

 

Quand tu as appris que tu avais un cancer, quelle était ta situation professionnelle ?

J’étais salariée en CDI chez Ubisoft au Canada. Je n’avais aucune idée des dispositions de mon employeur face à la maladie.

As-tu choisi d’en parler à ton entourage professionnel ?

C’est dur de cacher les absences (RDV, mammo, biopsie..) et la peur. J’en ai parlé à mon boss et mes collègues les plus proches. Quand le diagnostic est tombé, j’ai eu beaucoup de mal à en parler avec toute l’équipe. Je savais qu’ils finiraient par être au courant . Comme j’avais ouvert un blog sur ce qu’il m’arrivait, je l’ai utilisé pour l’annoncer à tous le monde (moins solennel que lors d’une réunion et moins glauque qu’un mail, à mon sens). J’avais la chance d’être copine avec la fille des RH qui s’occupait des congés maladie. Donc j’ai été encore plus accompagnée dans mes démarches.

Comment les gens ont-ils réagi ?

C’est l’humain qui a été mis au premier plan (au delà de l’organisation et de la rentabilité) et ça m’a vraiment énormément aidée. J’ai eu des témoignages de sympathie et d’amour de la part de beaucoup de collègues (et même du big boss). J’ai continué à être invitée aux événements, à recevoir des cadeaux, des messages… On ne m’a pas délaissée et ça m’a fait beaucoup de bien.

As-tu continué à travailler ou t’es-tu arrêté pendant les traitements ?

J’ai décidé et eu la possibilité d’arrêter de travailler. Comme je suis assez hyper-active, j’ai mis le focus sur mon blog. Ça m’a aidée à me concentrer sur quelque chose, à avoir un fil rouge, à être créative mais à mon rythme. J’ai eu beaucoup de retours positifs d’autres patientes et du personnel médical concernant mon blog. Je me suis sentie utile et c’était vraiment salvateur.

 As-tu rencontré des difficultés particulières ?

J’étais complètement larguée face aux démarches administratives. Heureusement, j’ai eu l’aide des RH. Au début, j’étais un peu déboussolée dans l’organisation de mes journées: ne plus travailler mais aller à l’hôpital tout le temps. J’ai trouvé ça dur de dealer avec les assurance privées. Se justifier face à sa maladie pour pouvoir avoir un revenu: envoyer des justificatifs, avoir des entrevues téléphoniques pour tout expliquer (je ne sais pas comment ça se passe en France). Ça me mettais très mal à l’aise.

 Qu’est-ce qui t’a aidée ?

Internet! J’y ai trouvé pleins d’infos (bon OK, pas toujours très justes mais ça m’a donné des pistes).

Qui t’a aidée ?

J’ai trouvé des blogs de jeunes femmes dans ma situation et ça m’a beaucoup rassurée. Aussi les RH de mon job ont été TOP (humain et expert).

Quel a été l’impact du cancer dans ta vie professionnelle ?

Je fais enfin le job que j’ai toujours rêvé de faire! Ça m’a donné le courage de me lancer et d’avoir plus confiance en moi! Je n’ai aucune visibilité sur le long terme mais je m’en fous car je m’éclate! Je sais que quoi qu’il arrive, je saurais retomber sur mes pattes. Par contre, je travaille vraiment beaucoup plus 🙂

 Est-ce que tu as gagné de nouvelles qualités ? De nouvelles compétences ?

Je suis plus détendue, moins stressée, plus organisée. Pour le moment, je n’ai que des contrats liés au cancer. Ca me plaît mais j’espère pouvoir me diversifier un jour. J’ai besoin de changer de sujet!

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